La Route du diable de Franck Thilliez : mon avis sans spoiler

Publié le 27 septembre 2026 à 10:26

Ça y est, j’ai refermé La Route du diable de Franck Thilliez.

Et je dois bien l’avouer : je ressors de cette lecture avec un sentiment assez particulier.

J’ai aimé. Vraiment. Mais… quelque chose me gêne.

Et je crois avoir finalement compris quoi.

Une fin qui boucle parfaitement l’histoire

Commençons par ce qui m’a beaucoup plu : la construction de l’intrigue.

La fin est particulièrement intéressante. La boucle est bouclée et, surtout, les éléments qui pouvaient sembler parfois étranges ou secondaires au cours du roman trouvent finalement leur explication.

C’est le genre de fin que j’apprécie : une explication qui arrive au bon moment et qui permet de regarder toute l’histoire différemment. Et sans rien révéler, je peux dire que le dernier rebondissement est à la fois surprenant et parfaitement logique lorsque l’on repense à l’ensemble du roman.

On comprend alors pourquoi certains détails étaient là.Et ça, c’est très bien écrit.

 Normal… c’est Thilliez.

L’intrigue est excellente, maîtrisée, et tout est fait pour nous emmener jusqu’à cette conclusion.

Peut-on changer son destin ?

L’un des thèmes qui m’a particulièrement intéressée est cette question : si nous avions la possibilité de revenir en arrière, pourrions-nous réellement changer notre destin ? Et si nous pouvions modifier un événement du passé, quelles seraient les conséquences sur ce qui doit arriver ensuite ?

Le roman joue également avec l’idée des failles temporelles et des doubles qui pourraient se rencontrer. Forcément, cela m’a immédiatement fait penser à Retour vers le futur. On connaît le principe : ne surtout pas rencontrer son double, au risque de modifier le futur. Or, ici, le personnage principal cherche justement à changer le futur. Mais une question finit forcément par se poser : pourquoi ne rencontre-t-elle jamais son double ? 

Je ne peux évidemment pas vous donner la réponse. Et pourtant, c’est précisément cette question qui prend tout son sens à la fin. L’explication, je ne l’avais pas vue venir. Et lorsque l’on comprend, on se dit finalement que tout était là depuis le début.

Une histoire de disparition, de recherche… et de violence

Au cœur du roman, il y a aussi une mère qui part à la recherche de sa fille et du compagnon de celle-ci. Elle ne part pas seule. Elle va pouvoir compter sur le père du jeune homme ainsi que sur deux jeunes amis. Et c’est cette quête qui va nous entraîner dans une histoire où se croisent disparitions, enlèvements et tueurs. Certaines scènes sont particulièrement dures. Et parfois, j’ai même eu l’impression de regarder Délivrance plutôt que de lire un roman de Franck Thilliez. Une scène en particulier m’y a fait penser, d’autant plus qu’un personnage fait lui-même référence au film. Et forcément, avec le fameux banjo, la comparaison devient assez évidente !

Mais qu’est-ce qu’un roman d’horreur ?

C’est finalement la question que je me pose en refermant ce livre. Parce que les autres romans de Thilliez que j’ai lus ne sont pas, pour moi, des romans qui font peur, ce sont des Thriller policier.

Mais La Route du diable est présenté comme un roman d’horreur. Et pourtant, je n’ai pas eu peur. Alors, qu’est-ce qui fait réellement l’horreur ?

Est-ce le fait de pouvoir se voir dans une autre époque ?

Est-ce de voir son propre enfant mourir sans pouvoir intervenir parce que le temps n’est pas le même ?

Est-ce de comprendre que, malgré tout ce que l’on pourrait tenter, on ne peut peut-être rien changer à son destin ?

Ou est-ce cette idée terrifiante que l’on ne pourra jamais revenir exactement à cette seconde précise, celle qui précède le moment où tout bascule dans l’horreur ?

Finalement, c’est peut-être là que se trouve la véritable horreur du roman.Pas forcément dans les tueurs. Pas forcément dans les meurtres. Pas forcément dans les scènes violentes. Mais dans cette impossibilité de revenir en arrière et de modifier ce qui doit arriver.

Et le diable, dans tout ça ?

Le titre lui-même pourrait laisser penser que le diable est omniprésent. Mais finalement, le diable n’est pas vraiment là où on l’attend.

La Route du diable fait 666 kilomètres. Le chiffre du diable. Et c’est à peu près tout ce que je peux dire sans commencer à spoiler.

Parce que, finalement, le diable se cache peut-être davantage dans les détails. Dans les autochtones. Dans les meurtres. Dans certaines scènes. Dans certaines situations dont on ne comprend pas immédiatement la portée.

Et surtout dans cette route qui semble nous conduire beaucoup plus loin que ce que l’on imagine au début. Difficile d’en dire davantage sans gâcher la découverte. Et ce serait dommage.

Un excellent roman… mais pas forcément celui que j’attendais de Thilliez

C’est finalement là que se trouve mon principal bémol. Parce que tout me plaît dans cette histoire. L’intrigue est excellente. La construction est intelligente. La fin fonctionne. Les explications sont cohérentes. Le suspense est là.

Et pourtant…

Je n’ai pas retrouvé la patte de Thilliez. Et c’est probablement ce qui me gêne le plus.

Alors, je me suis posé une question : et si c’était justement parce que ce roman est signé d’une certaine manière par un autre Thilliez ?

Je pense notamment à Caleb Traskman, cet auteur fictif imaginé par Franck Thilliez dans Le Manuscrit inachevé, puis retrouvé dans Il était deux fois et Labyrinthes. Ces trois romans forment d’ailleurs la trilogie Caleb Traskman.

Caleb Traskman, c’est un peu le double de Franck Thilliez. Son côté plus sombre. Son côté plus inquiétant. Presque son Mr Hyde.

Et peut-être que La Route du diable est justement un roman dans lequel je ressens davantage ce double-là que le Thilliez que j’ai l’habitude de lire. C’est peut-être pour cela que je cherche sa patte habituelle et que je ne la retrouve pas complètement.

Et finalement, cette impression est assez amusante quand on connaît l’univers de Caleb Traskman : chez Thilliez, les frontières entre l’auteur, les écrivains qu’il invente, leurs livres et leurs personnages sont parfois volontairement très floues. Le Manuscrit inachevé joue d'ailleurs déjà avec cette mise en abyme entre Franck Thilliez, Caleb Traskman et les auteurs fictifs de son histoire.

Alors, si La Route du diable est un excellent roman, peut-être est-ce simplement un autre visage de Franck Thilliez que je découvre ici. Et cela expliquerait peut-être pourquoi j'ai parfois eu l'impression de lire une histoire qui aurait pu être écrite par quelqu'un d'autre.

Si ce roman avait été signé par un autre auteur, aurais-je eu le même ressenti ? Est-ce que j’aurais simplement refermé le livre en me disant :

Quelle excellente intrigue !

Ou bien est-ce justement parce que je connais Franck Thilliez, parce que j’ai lu tous ses romans et que j’attends de lui cette atmosphère particulière, cette noirceur et cette tension qui lui sont propres, que je reste un peu sur ma faim ?C’est une vraie question que je me pose.

Parce que je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé La Route du diable. Ce serait faux. J’ai aimé l’histoire. J’ai aimé les idées. J’ai aimé la construction. J’ai aimé la façon dont tout finit par s’emboîter.

Mais peut-être que j’aurais simplement aimé retrouver davantage le Thilliez que je connais. Ou peut-être que, cette fois, c’est Caleb Traskman qui avait pris sa place derrière le clavier…

Et si La Route du diable devenait un film ?

C’est peut-être finalement ce qui me vient le plus naturellement à l’esprit en refermant le livre. J’aimerais voir cette histoire au cinéma. Parce que certaines scènes, certains paysages, certaines situations pourraient prendre une toute autre dimension à l’écran. Ce que je n’ai pas forcément ressenti comme de la peur en lisant pourrait peut-être devenir beaucoup plus angoissant avec les images, les sons, les silences et l’atmosphère d’un film. Je crois même que certaines scènes pourraient être particulièrement impressionnantes.

Alors, peut-être qu’un jour La Route du diable sera adapté au cinéma. Et si cela arrive, j’espère simplement que l’adaptation saura préserver l’essence de l’histoire, ses détails et surtout sa construction.

Parce que c’est justement tout ce qui fait sa force. Et je serais curieuse de voir si, sur grand écran, le diable réussirait enfin à me faire peur.

Mon bilan

Alors oui, j’ai aimé La Route du diable. J’ai aimé son intrigue, ses personnages, son idée autour du temps, ses failles temporelles et cette réflexion sur le destin.  J’ai aimé cette fin qui permet de comprendre que les détails avaient leur importance.

Mais je reste avec ce petit sentiment étrange : j’ai aimé un excellent roman, sans avoir forcément l’impression de lire un roman de Franck Thilliez. Et peut-être que c’est finalement cela qui explique mon ressenti. Je ne suis pas déçue par l’histoire.

Je suis peut-être simplement un peu déçue de ne pas avoir retrouvé le Thilliez que j’attendais.

Et malgré tout…

je vous conseille de le lire.

Parce que la boucle est bouclée.

Et parce que, jusqu’à la dernière révélation, on ne voit pas forcément venir ce qui se cache dans les détails.

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